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Cinq plans pour reconstruire la souveraineté économique.

Un rapport sénatorial se penche sur cinq plans pour reconstruire la souveraineté économique de la France. La situation est critique d’après eux, et nécessite déjà un état des lieux poussés sur certaines filières, ainsi qu’un véritable travail, tant au niveau national qu’européen.

La succession de la crise sanitaire et de la guerre en Ukraine a enclenché un « choc des consciences » sur les dépendances aux importations de masques et d’énergie. Cela a été le point de départ de la réflexion menée par Sophie Primas (LR), Franck Montaugé (PS) et Amel Gacquerre (UC) sur la « souveraineté économique » de la France. Les sénateurs de la commission des Affaires économiques dressent dans un rapport intitulé « cinq plans pour reconstruire la souveraineté économique », un « constat extrêmement alarmant », selon la présidente de la commission des Affaires économiques, Sophie Primas, qui parle d’une « perte de souveraineté généralisée » à tous les secteurs clés de l’économie française, des outils de production aux compétences professionnelles.

« Sans cette crise sanitaire, on se demande si nos gouvernements se seraient saisis de la question », se désole Franck Montaugé, sénateur socialiste du Gers spécialiste des questions industrielles. Le premier plan de ce rapport vise en effet à poser un diagnostic précis sur l’état exacts des « intrants vulnérables et stratégiques » desquels dépend l’économie française. Des inventaires « embryonnaires » ont été lancés, notamment par Agnès Pannier-Runacher après la crise covid, mais sans souci de définir l’importance de certaines importations, explique Sophie Primas. La sénatrice prend l’exemple du recensement par l’administration de l’approvisionnement français en plantes en plastique, dont la pertinence peine à sauter aux yeux. La présidente de la commission des Affaires économiques rappelle que 80 % du déficit commercial français correspond à seulement 900 produits, d’où l’intérêt de les identifier précisément. « Cette cartographie n’existe pas. Notre pays, avec les moyens scientifiques et administratifs dont on dispose, n’est pas capable de savoir dans le détail sur quel secteur nous sommes souverains, et sur quels secteurs nous sommes vulnérables. En fait, personne ne s’est posé la question », alerte Franck Montaugé.

Le but pour les sénateurs est donc bien de « cartographier » filière par filière, les chaînes de valeur mondiales, afin d’identifier les secteurs critiques et de mettre en place des solutions pour retrouver une « souveraineté économique. » Ce qui n’implique pas nécessairement de tout relocaliser, insistent-ils en évoquant des solutions de stockage stratégique, avec une fiscalité adaptée, propose par exemple Franck Montaugé.

CINQ PLANS THÉMATIQUES CONCRETS POUR RECONSTRUIRE LA SOUVERAINETÉ ÉCONOMIQUE DE LA FRANCE ET DE L’EUROPE :

Pour s’attacher à reconstruire enfin la souveraineté de la France et initier une politique ambitieuse de reconquête économique, les rapporteurs présentent à l’issue de leurs travaux cinq plans de souveraineté thématiques. Chacun de ces plans est issu d’un diagnostic approfondi de l’état de nos dépendances, de nos forces et de nos faiblesses, qui s’appuie sur des chiffres inédits et des témoignages concrets d’acteurs économiques, relatés dans le rapport.

Les rapporteurs ont identifié cinq thématiques principales, couvrant l’ensemble des secteurs économiques :

1. L’approvisionnement en intrants

Notre industrie comme notre agriculture sont fortement dépendantes d’importations critiques, telles que les protéines végétales destinées à l’alimentation animale, les métaux critiques ou certaines substances chimiques. Alors que les grandes transitions – énergétique, numérique et écologique – vont fortement accroître nos besoins en ressources, la sécurisation de notre accès à ces intrants est un enjeu majeur.

2. Les infrastructures énergétiques et numériques :

Elles sont essentielles pour répondre aux besoins des citoyens et des entreprises françaises. La décarbonation de notre économie – facteur d’indépendance vis-à-vis des énergies fossiles – génère un besoin important en installations de stockage de l’énergie, et rend plus pressant le développement de la filière nucléaire. Pour les réseaux de télécommunication – terrestres comme maritimes -, un investissement colossal est nécessaire pour venir soutenir la croissance des usages : il doit être partagé de manière plus équitable entre pouvoirs publics et acteurs privés, tout en assurant l’indépendance de ces infrastructures critiques vis-à-vis des grandes entreprises du numérique.

3. Les compétences et métiers de demain :

La reconfiguration de notre économie, pour répondre aux défis numériques et environnementaux, génère de nouvelles activités et de nouveaux besoins en compétences. Pourtant, les difficultés de recrutement s’accentuent dans de nombreux secteurs, l’offre de formation à certains métiers se raréfie et le renouvellement des générations fait craindre une perte de savoir-faire qui mettrait en danger notre souveraineté numérique, industrielle et alimentaire.

4. La politique commerciale :

Elle est clef pour assurer l’équilibre entre souveraineté et ouverture au monde. Elle est aujourd’hui affaiblie par le manque de réciprocité de nos échanges, la dégradation de notre empreinte carbone globale en dépit de nos efforts de décarbonation au sein de l’UE et un déficit de transparence et d’évaluation qui accroît la défiance des acteurs économiques.

5. La protection de nos entreprises :

Elle est un impératif dans un contexte de compétition internationale accrue. Les mesures extraterritoriales nous privent d’opportunités de croissance et de développement tandis que les acquisitions prédatrices d’entreprises stratégiques ou les subventions étrangères obèrent notre capacité d’innovation et menacent les activités essentielles de la Nation. Il faut muscler les mécanismes défensifs de la France et de l’Europe, et renforcer l’ancrage territorial de notre tissu productif. Réaffirmant l’engagement de la commission en faveur d’une économie ouverte, orientée vers l’innovation, la reconstruction de capacités stratégiques et l’ancrage dans les territoires, chaque plan formule une dizaine de mesures concrètes. Ces feuilles de route peuvent être mises en œuvre au plus vite au niveau national ou européen pour sortir enfin de cette dépendance lourde de conséquences et redonner au pays la capacité de déterminer son avenir.

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